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sábado, 13 de octubre de 2012

MA BOHEME




Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées;
Mon paletot soudain devenait idéal;
J'allais sous le ciel, Muse, et j'étais ton féal;
Oh! là là! que d'amours splendides j'ai rêvées! 

Mon unique culotte avait un large trou.
Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou.

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur; 

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur!

Arthur Rimbaud.







Me iba, con los puños en mis bolsillos rotos...
mi chaleco también se volvía ideal,
andando, al cielo raso, ¡Musa, te era tan fiel!
¡cuántos grandes amores, ay ay ay, me he soñado!

Mi único pantalón era un enorme siete.
––Pulgarcito que sueña, desgranaba a mi paso
rimas Y mi posada era la Osa Mayor.
––Mis estrellas temblaban con un dulce frufrú.

Y yo las escuchaba, al borde del camino
cuando caen las tardes de septiembre, sintiendo
el rocío en mi frente, como un vino de vida.

Y rimando, perdido, por las sombras fantásticas,
tensaba los cordones, como si fueran liras,
de mis zapatos rotos, junto a mi corazón.

(Traducción tomada de Ciudad Seva).

lunes, 27 de septiembre de 2010

Allégeance




Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n’est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l’aima?

Il cherche son pareil dans le voeu des regards. L’espace qu’il parcourt est sa fidélité. Il dessine l’espoir et léger l’éconduit. Il est prépondérant sans qu’il y prenne part.

Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. A son insu, ma solitude est son trésor. Dans le grand méridien où s’inscrit son essor, ma liberté le creuse.

Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n’est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l’aima et l’éclaire de loin pour qu’il ne tombe pas?


Juramento

La ciudad la recorre paso a paso mi amor. Poco importa hacia dónde en el tiempo dividido. Ahora ya no es mi amor, todos pueden hablarle. Ya no recuerda, ¿quién le amó de entre nosotros?

Busca a su semejante en las miradas votivas. El espacio que avanza es su fidelidad. Dibuja la esperanza y ligero la desvía. En su preponderancia no ha tomado partido.

Vivo en su fondo como un ahogado feliz. Él no lo sabe: mi soledad es su tesoro. En el gran meridiano en que surte mi vuelo, mi libertad le horada.

La ciudad la recorre paso a paso mi amor. Poco importa hacia dónde en el tiempo dividido. Ahora ya no es mi amor, todos pueden hablarle. Ya no recuerda, ¿quién le amó de entre nosotros y de lejos le alumbra para que no se caiga?

domingo, 9 de agosto de 2009

L'horloge



Horloge! dieu sinistre, effrayant, impassible
Dont le doigt nous menace et nous dit "Souviens-toi!
Les vibrantes Douleurs dans ton cœur plein d'effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible;

Le Plaisir vaporeux fuira vers l'horizon
Ainsi qu'une sylphide au fond de sa coulisse;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison.

Trois mille six cent fois par heure, la Seconde
Chuchote : Souviens-toi! - Rapide, avec sa voix
D'insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde!

Remember! Souviens-toi, prodigue Esto memor!
[Mon gosier de métal parle toutes les langues]
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or!

Souviens-toi que le temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup! c'est la loi.
Le jour décroit; la nuit augmente, souviens-toi!
Le gouffre a toujours soif; la clepsydre se vide.

Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard,
Où l'auguste Vertu, ton épouse encore vierge,
Où le repentir même [oh! la dernière auberge!]
Où tout te dira : Meurs, vieux lâche! il est trop tard!

Charles Baudelaire.




¡Reloj! Dios espantoso, siniestro e impasible,
Cuyo dedo amenaza, diciéndonos "¡recuerda!"
Los vibrantes dolores en tu asustado pecho,
Como en una diana pronto se clavarán;

El placer vaporoso huirá hacia el horizonte
Como escapa una sílfide detrás del bastidor;
Arranca cada instante un trozo de delicia
Concedida a los hombres en su época mejor.

Tres mil seiscientas veces cada hora, el Segundo
Susurra "¡Acuérdate!" -Con voz vertiginosa
De insecto, Ahora dice: "¡Heme otra vez aquí
Ya succioné tu vida con mi trompa asquerosa!"

¡Remember! ¡Esto memor! ¡Pródigo, Acuérdate!
(Mi garganta metálica toda lengua conoce)
Ganga son los minutos, ¡oh, alocado mortal!
Y no hay que abandonarlos sin extraer su oro.

Acuérdate: es el tiempo un tenaz jugador
Que sin trampas te vence en cada envite. Es ley.
Decrece el día, la noche se aproxima; ¡recuerda!
Es voraz el abismo, se vacía la clepsidra.

Pronto sonará la hora en que el divino Azar,
O la augusta Virtud, tu aún intacta esposa,
O el arrepentimiento (¡Oh, esa posada última!)
Todo te dirá "¡Es tarde! ¡Muere, viejo cobarde!"

Charles Baudelaire, Las Flores del Mal.

jueves, 30 de julio de 2009

Ballade des dames du temps jadis




Dictes moy où, n'en quel pays,
Est Flora, la belle Romaine;
Archipiada, ne Thaïs,
Qui fut sa cousine germaine;
Echo, parlant quand bruyt on maine
Dessus rivière ou sus estan,
Qui beaulté ot trop plus qu'humaine?
Mais où sont les neiges d'antan!


Où est la très sage Helloïs,
Pour qui fut chastré et puis moyne
Pierre Esbaillart à Saint-Denis?
Pour son amour ot cest essoyne.
Semblablement, où est la royne
Qui commanda que Buridan
Fust gecté en ung sac en Saine?
Mais où sont les neiges d'antan!


La royne Blanche comme lis,
Qui chantoit à voix de seraine;
Berte au grant pié, Bietris, Allis;
Haremburgis qui tint le Maine,
Et Jehanne, la bonne Lorraine,
Qu'Englois brulerent à Rouan;
Où sont elles, Vierge souvraine?
Mais où sont les neiges d'antan!


Prince, n'enquerez de sepmaine
Où elles sont, ne de cest an,
Qu'à ce reffrain ne vous remaine:
Mais où sont les neiges d'antan!

François Villon




Balada de las damas de antaño

Decidme en qué comarca, decidme en dónde
encontrar a Flora, la beldad romana;
dónde Archipiada de la luz se esconde
y Thaís que fuera la su prima hermana;
Eco condenada a repetir, lejana,
el cantar del agua, del monte el ruido,
que tan bella fue cuando lo quiso el hado;
mas las mismas nieves del año pasado
¿adónde se han ido?

Decid dónde Heloísa está, la tan juiciosa,
por quien fue castrado y enclaustrado luego
Abelardo el Sabio en Saint-Denis famosa:
pagó con tal pena su imprudente fuego.
¿Dónde aquella reina está, asimismo agrego,
quien a Buridán, que la hubo poseído,
quiso que arrojaran al Sena embolsado?
Mas las mismas nieves del año pasado
¿adónde se han ido?

La reina Blanca como flor de lis
que con falsa voz de sirena cantaba,
Berta la del gran pie, Beatriz, Alís,
Haremburgis que en todo el Maine reinaba,
y la lorenesa Juana, buena y brava,
que en Rouen quemara el Inglés forajido,
Virgen soberana ¿dónde se han guardado?
Mas las mismas nieves del año pasado
¿adónde se han ido?

No buscaréis, Príncipe, año ni semana
un oculto sitio al que hayan escapado
sin que mi estribillo cante en vuestro oído:
"Mas las mismas nieves del año pasado
¿adónde se han ido?"

Traducción de Rubén Abel Reches

martes, 28 de julio de 2009

Ode au plaisir



Nous le tenons en notre main
Lo sostenemos en nuestra mano
Le temps futur du lendemain;
tiempo futuro de mañana
La vie n'a point d'assurance,
la vida no está asegurada
Et tandis que nous désirons
y en tanto andamos deseosos
Les faveurs des Rois, nous mourons
de favores de Reyes, morimos
Au milieu de notre espérance.
en medio de nuestra esperanza.
L'homme après son dernier trépas
El hombre tras su último paso
Plus ne boit ne mange là-bas,
ya no come ni bebe más
Et sa grange qu'il a laissée
y la granja que allá dejó
Pleine de blé devant sa fin
llena de trigo ante su fin
Et sa cave pleine de vin
y su bodega llena de vino
Ne lui viennent plus en pensée.
ya no le vienen al pensamiento.
Hé, quel gain apporte l'émoi?
¿a qué tanta agitación?
Va, Corydon, apprête-moi
Prepárame, Coridón,
Un lit de roses épanchées;
un suave lecho de rosas
Il me plaît, pour me défâcher,
pues para desenfadarme
A la renverse me coucher
adoro echarme de espaldas
Entre les pots et les jonchées.
entre macetas y
Fais-moi venir Dorat ici
Haz venir aquí a Dorat,
Fais-y venir Jodelle aussi
que venga también Jodelle
Et toute la Musine troupe;
con la tropa de las Musas
Depuis le soir jusqu'au matin,
Desde la tarde a la albada
Je veux leur donner un festin
quiero darles un festín
Et cent fois leur pendre la coupe.
y beber ciento su copa.
Verse donc, et reverse encor
Llena, pués, y más rellena
Dedans cette grand'coupe d'or,
en esta gran copa de oro
Je veux boire à Henry Estienne,
Bebo en nombre de Henry Estienne,
Qui des enfers nous a rendu
que nos trae de los infiernos
Du vieil Anacréon perdu
del perdido Anacreonte
La douce lyre Téienne.
la dulce lira de Teos.
A toi gentil Anacréon,
A ti, amigo Anacreón,
Doit son plaisir le biberon,
placer debe el biberón
Et Bacchus te doit ses bouteilles;
Baco debe sus botellas;
Amour son compagnon te doit
Amor te debe su compaña,
Vénus, et Silène qui boit
Venus, Silena que bebe
L'été dessous l'ombre des treilles.
en verano bajo el emparrado.

Pierre de Ronsard.

viernes, 24 de julio de 2009

Les enfants qui s'aiment




Les enfants qui s'aiment s'embrassent debout
Contre les portes de la nuit
Et les passants qui passent les désignent du doigt
Mais les enfants qui s'aiment
Ne sont là pour personne
Et c'est seulement leur ombre
Qui tremble dans la nuit
Excitant la rage des passants
Leur rage, leur mépris, leurs rires et leur envie
Les enfants qui s'aiment ne sont là pour personne
Ils sont ailleurs bien plus loin que la nuit
Bien plus haut que le jour
Dans l'éblouissante clarté de leur premier amour


Jacques Prévert


Los niños que se aman

Los niños que se aman se besan de pie
contra las puertas de la noche
y todos los que pasan señalan con el dedo
pero los niños que se aman
no están ahí para nadie
sólo su sombra tiembla por la noche
la rabia de las gentes les despierta
su rabia y su desprecio, sus risas y sus ganas
los niños que se aman no están ahí para nadie
están en otra parte más allá de la noche
y bastante más alto que el día
en la claridad ciega de su primer amor


Versión de J. Aguirre O.

jueves, 23 de julio de 2009

Barbara



Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-la
Et tu marchais souriante
Epanouie ravie ruisselante
Sous la pluie
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et je t'ai croisee rue de Siam
Tu souriais
Et moi je souriais de meme
Rappelle-toi Barbara
Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas
Rappelle-toi
Rappelle-toi quand meme ce jour-la
N'oublie pas
Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom
Barbara
Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante ravie epanouie
Et tu t'es jetee dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara
Et ne m'en veux pas si je te tutoie
Je dis tu a tous ceux que j'aime
Meme si je ne les ai vus qu'une seule fois
Je dis tu a tous ceux qui s'aiment
Meme si je ne les connais pas
Rappelle-toi Barbara
N'oublie pas
Cette pluie sage et heureuse
Sur ton visage heureux
Sur cette ville heureuse
Cette pluie sur la mer
Sur l'arsenal
Sur le bateau d'Ouessant
Oh Barbara
Quelle connerie la guerre
Qu'es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d'acier de sang
Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant
Oh Barbara
Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n'est plus pareil et tout est abimé
C'est une pluie de deuil terrible et desolée
Ce n'est meme plus l'orage
De fer d'acier de sang
Tout simplement des nuages
Qui crevent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l'eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin tres loin de Brest
Dont il ne reste rien.

Jacques Prévert


BARBARA

Bárbara acuérdate
Aquel día llovía sin parar sobre Brest
Y tú andabas sonriente
Radiante alegre desbordante
Bajo la lluvia
Bárbara acuérdate
Aquel día llovía sobre Brest sin parar
Corrí hacia ti en la calle de Siam
Tú sonreías
Sonreí también
Bárbara acuérdate
Tú a quien no conocía, tú que no
Me conocías
Acuérdate aunque sea de aquel día
No olvides
Un hombre resguardado bajo un pórtico
Gritó tu nombre
Bárbara
Y tú corriste a él bajo la lluvia
Rebosante desbordante feliz
Te lanzaste a sus brazos
Bárbara acuérdate
No te molestes porque te tutee,
A los que quiero les trato de tú,
Aunque les haya visto una vez sólo,
Y tuteo también a los que se aman,
Aunque no les conozca,
Bárbara, acuérdate,
No te olvides
De la buena lluvia feliz
Sobre tu rostro feliz
Sobre esta ciudad feliz
La lluvia sobre el mar
Sobre el arsenal
Sobre el barco de Ouessant
Oh Bárbara
Qué estupidez la guerra
En qué te has convertido ahora
Bajo esta lluvia férrea
De fuego de acero de sangre
Y aquel que te estrechaba entre sus brazos
Amorosamente
Estará muerto desaparecido o quizás todavía vivo
Oh Bárbara
Llueve sin pausa sobre Brest
Como llovía entonces
Pero ya no es lo mismo, todo está destrozado
La lluvia ahora es de luto terrible y desolada
No es ni siquiera la tormenta
De hierro de acero de sangre
Sólo nubes
Que mueren como perros
Perros que desaparecen
Siguiendo el agua sobre Brest
Y se van a pudrir a lo lejos,
Lejos, muy lejos ya de un Brest
del que no queda nada.

Versión de Javier Aguirre Ortiz.


Remember Barbara
It rained all day on Brest that day
And you walked smiling
Flushed enraptured streaming-wet
In the rain
Remember Barbara
It rained all day on Brest that day
And I ran into you in Siam Street
You were smiling
And I smiled too
Remember Barbara
You whom I didn't know
You who didn't know me
Remember
Remember that day still
Don't forget
A man was taking cover on a porch
And he cried your name
Barbara
And you ran to him in the rain
Streaming-wet enraptured flushed
And you threw yourself in his arms
Remember that Barbara
And don't be mad if I speak familiarly
I speak familiarly to everyone I love
Even if I've seen them only once
I speak familiarly to all who are in love
Even if I don't know them
Remember Barbara
Don't forget
That good and happy rain
On your happy face
On that happy town
That rain upon the sea
Upon the arsenal
Upon the Ushant boat
Oh Barbara
What shitstupidity the war
Now what's become of you
Under this iron rain
Of fire and steel and blood
And he who held you in his arms
Amorously
Is he dead and gone or still so much alive
Oh Barbara
It's rained all day on Brest today
As it was raining before
But it isn't the same anymore
And everything is wrecked
It's a rain of mourning terrible and desolate
Nor is it still a storm
Of iron and steel and blood
But simply clouds
That die like dogs
Dogs that disappear
In the downpour drowning Brest
And float away to rot
A long way off
A long long way from Brest
Of which there's nothing left.

Translation © Lawrence Ferlinghetti

sábado, 18 de julio de 2009

Sensation



Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien,
Mais l'amour infini me montera dans l'âme ;
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, heureux- comme avec une femme.

Arthur RIMBAUD



SENSACIÓN

Iré por los senderos, tardes de estío azules,
picoteado del trigo, por la hierba menuda:
soñador, sentiré su frescor a mis pies.
Y dejaré que el viento me bañe los cabellos.

Iré sin decir nada y sin pensar en nada,
pero amor infinito me subirá en el alma;
e iré lejos, muy lejos, feliz como un bohemio,
por la Naturaleza, cual con una mujer.

Versión de Javier Aguirre O.

domingo, 12 de julio de 2009

Elsa



Suffit-il donc que tu paraisses
De l'air que te fait rattachant
Tes cheveux ce geste touchant
Que je renaisse et reconnaisse
Un monde habité par le chant
Elsa mon amour ma jeunesse

O forte et douce comme un vin
Pareille au soleil des fenêtres
Tu me rends la caresse d'être
Tu me rends la soif et la faim
De vivre encore et de connaître
Notre histoire jusqu'à la fin

C'est miracle que d'être ensemble
Que la lumière sur ta joue
Qu'autour de toi le vent se joue
Toujours si je te vois je tremble
Comme à son premier rendez-vous
Un jeune homme qui me ressemble

Pour la première fois ta bouche
Pour la première fois ta voix
D'une aile à la cime des bois
L'arbre frémit jusqu'à la souche
C'est toujours la première fois
Quand ta robe en passant me touche

Ma vie en vérité commence
Le jour où je t'ai rencontrée
Toi dont les bras ont su barrer
Sa route atroce à ma démence
Et qui m'as montré la contrée
Que la bonté seule ensemence

Tu vins au cœur du désarroi
Pour chasser les mauvaises fièvres
Et j'ai flambé comme un genièvre
A la Noël entre tes doigts
Je suis né vraiment de ta lèvre
Ma vie est à partir de toi

Suffit-il donc que tu paraisses
De l'air que te fait rattachant
Tes cheveux ce geste touchant
Que je renaisse et reconnaisse
Un monde habité par le chant
Elsa mon amour ma jeunesse

Louis Aragon.






ELSA

Basta entonces con que aparezcas
en el aire con el que juntas
tu pelo en ese gesto tuyo
para que nazca y reconozca
un mundo en el que habita el canto
Elsa mi amor mi juventud

Oh fuerte y dulce como un vino
como el sol en los ventanales
tú me das caricias de ser
me concedes la sed y el hambre
de aún vivir y de conocer
nuestra historia hasta el final

Es milagro que estemos juntos
y la luz sobre tu mejilla
que el viento juegue en torno a ti
siempre tiemblo cuando te veo
igual que en su primera cita
un joven que se me parece

Tu boca por primera vez
y por primera vez tu voz
hala a la cima de los bosques
se estremece hasta la raíz
el árbol, siempre es la vez primera
cuando tu falda al pasar me toca

Ciertamente mi vida empieza
el día en que te conocí
tú cuyos brazos corrigieron
la ruta atroz de mi demencia
tú me mostraste el territorio
que sólo siembra la bondad

En medio de mi desarraigo
aplacaste mis malas fiebres
como licor de enebro ardí
entre tus dedos navideños
yo nací sólo de tus labios
mi vida es a partir de ti

Basta entonces con que aparezcas
en el aire con el que juntas
tu pelo en ese gesto tuyo
para que nazca y reconozca
un mundo en el que habita el canto
Elsa mi amor mi juventud


Versión de Javier Aguirre O.

miércoles, 8 de julio de 2009

Le serpent qui danse





Que j'aime voir, chère indolente,
De ton corps si beau,
Comme une étoffe vacillante,
Miroiter la peau!

Sur ta chevelure profonde
Aux acres parfums,
Mer odorante et vagabonde
Aux flots bleus et bruns,

Comme un navire qui s'éveille
Au vent du matin,
Mon âme rêveuse appareille
Pour un ciel lointain.

Tes yeux où rien ne se révèle
De doux ni d'amer,
Sont deux bijoux froids où se mêlent
L’or avec le fer.

A te voir marcher en cadence,
Belle d'abandon,
On dirait un serpent qui danse
Au bout d'un bâton.

Sous le fardeau de ta paresse
Ta tête d'enfant
Se balance avec la mollesse
D’un jeune éléphant,

Et ton corps se penche et s'allonge
Comme un fin vaisseau
Qui roule bord sur bord et plonge
Ses vergues dans l'eau.

Comme un flot grossi par la fonte
Des glaciers grondants,
Quand l'eau de ta bouche remonte
Au bord de tes dents,

Je crois boire un vin de bohême,
Amer et vainqueur,
Un ciel liquide qui parsème
D’étoiles mon coeur!

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal



La serpiente que danza

¡Cuánto gozo al mirar, dulce indolente,
Tu corpóreo esplendor
Como si fueran seda iridiscente
Tu piel y su fulgor.

Y sobre tu profunda cabellera
De un ácido aromar
-Cual un mar errabundo, sin ribera,
En azul ondular;

Como bajel que despertó del sueño
Al viento matinal,
Lanzo mi alma en soñador empeño
Hacia el piélago astral.

En tu mirada que nada revela
De dulzura ni hiel,
Mezcla de oro y hierro se congela
Para el doble joyel.

Mirando la cadencia con que avanzas
Bella de lasitud,
Dijéranse las serpentinas danzas
Al ritmo del laúd.

Agobiada de un fardo de molicie
Tu cabeza infantil
Se balancea como en la planicie
Una leona febril.

Y tu cuerpo se inclina y se distiende
Como un ebrio bajel,
Y va de borda en borda mientras hiende
Las aguas su proel.

Cual la onda engrosada por las fuentes
Del rugidor glaciar ,
Cuando asoman al filo de tus dientes
Espuma y pleamar,

Creo beber un vino -sangre y llama,
Sima y elevación-,
Un vino que me inunda, que me inflama
De astros el corazón.

Versión de Carlos López Narváez

domingo, 5 de julio de 2009

Il n'aurait fallu



Il n'aurait fallu
Qu'un moment de plus
Pour que la mort vienne
Mais une main nue
Alors est venue
Qui a pris la mienne

Qui donc a rendu
Leurs couleurs perdues
Aux jours aux semaines
Sa réalité
A l'immensité
Des choses humaines

Moi qui frémissais
Toujours je ne sais
De quelle colère
Deux bras ont suffi
Pour faire à ma vie
Un grand collier d'air

Rien qu'un mouvement
Ce geste en dormant
Léger qui me frôle
Un souffle posé
Moins une rosée
Contre mon épaule

Un front qui s'appuie
A moi dans la nuit
Deux grands yeux ouverts
Et tout m'a semblé
Comme un champ de blé
Dans cet univers

Un tendre jardin
Dans l'herbe où soudain
La verveine pousse
Et mon coeur défunt
Renaît au parfum
Qui fait l'ombre douce

Louis Aragon, Le Roman Inachevé (1956)


Un momento más
habría bastado
para que la muerte
llegara, pero una
mano mano me tomó
desnuda la mía

Quién les ha devuelto
sus colores a
los días, semanas,
su realidad
a la inmensidad
de todo lo humano

Yo que temblé siempre
no sé de qué cólera
dos brazos ahora
bastan para darme
un gran collar de aire.

Sólo un movimiento
del gesto suäve
que al dormir me roza
ligero espirar
o aún menos rocío
que en mi hombro se posa

La frente que en mí
se apoya en la noche
sus dos grandes ojos
abiertos, y todo
me es campo de trigo
en este universo

Un tierno jardín
en el que de pronto
la verbena brota
y mi corazón
renace al perfume
que la sombra endulza

Versión de Javier Aguirre O.

sábado, 4 de julio de 2009

Los viejos amantes



Bien sûr nous eûmes des orages
Vingt ans d'amour c'est l'amour fol
Mille fois tu pris ton bagage
Mille fois je pris mon envol
Et chaque meuble se souvient
Dans cette chambre sans berceau
Des éclats des vieilles tempêtes
Plus rien ne ressemblait à rien
Tu avais perdu le goût de l'eau
Et moi celui de la conquête

Mais mon amour
Mon doux mon tendre mon merveilleux amour
De l'aube claire jusqu'à la fin du jour
Je t'aime encore tu sais je t'aime

Moi je sais tous les sortilèges
Tu sais tous mes envoûtements
Tu m'as gardé de piège en piège
Je t'ai perdue de temps en temps
Bien sûr tu pris quelques amants
Il fallait bien passer le temps
Il faut bien que le corps exulte
Finalement finalement
Il nous fallut bien du talent
Pour être vieux sans être adultes

Oh mon amour
Mon doux mon tendre mon merveilleux amour
De l'aube claire jusqu'à la fin du jour
Je t'aime encore tu sais je t'aime

Et plus le temps nous fait cortège
Et plus le temps nous fait tourment
Mais n'est-ce pas le pire piège
Que vivre en paix pour des amants
Bien sûr tu pleures un peux moins tôt
Je me déchire un peu plus tard
Nous protégeons moins nos mystères
On laisse moins faire le hasard
On se méfie du fil de l'eau
Mais c'est toujours la tendre guerre

Oh mon amour
Mon doux mon tendre mon merveilleux amour
De l'aube claire jusqu'à la fin du jour
Je t'aime encore tu sais je t'aime



Claro que tuvimos huracanes,
20 años de amor es un amor loco,
mil veces tomaste tus maletas
y mil veces emprendí el vuelo.
Cada mueble recuerda en esa habitación sin cuna
explosiones de viejas tempestades.
Ya nada se parece a nada,
tu has perdido "el gusto al agua"
y yo me fui de conquistas.
Pero, mi amor, mi dulce mi tierno,
mi maravilloso amor,
desde el alba temprana hasta el final del día
yo te amo todavía ...Yo te amo.
Yo conozco todos tus encantos,
tu conoces todas mis mañas,
tu soportaste todas mis trampas,
yo te perdí a veces y
tu tuviste algunos amantes.
Había que pasar el tiempo y contentar el cuerpo
y finalmente...
Tuvimos que tener mucho talento
para hacernos viejos sin ser adultos.
Y más pasa el tiempo
y más nos hace dar vueltas
pero esa no es la peor trampa,
la peor es vivir en paz para los amantes.
Claro que tu lloras cada vez menos rápido,
y yo me deshago cada vez mas tarde,
y protegemos menos los misterios.
Dejamos hacer al azar,
desconfiamos de todo
y es siempre una tierna guerra...
Pero mi amor...mi dulce, mi tierno
mi maravilloso amor
desde el alba temprana hasta el final del día
yo te amo todavía....yo te amo.

Jacques Brel


martes, 30 de junio de 2009

L'invitation au voyage



Mon enfant, ma soeur,
Songe à la douceur
D'aller là-bas vivre ensemble!
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble!
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l'ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
A l'âme en secret
Sa douce langue natale.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l'humeur est vagabonde;
C'est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu'ils viennent du bout du monde.
— Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D'hyacinthe et d'or;
Le monde s'endort
Dans une chaude lumière.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal.





¡Mi niña, mi hermana,
piensa en la dulzura
de ir a vivir juntos, lejos! (1)
¡Amar a placer,
amar y morir
en un país como tú!
Los mojados soles
en cielos nublados
de mi alma son el encanto,
cual tus misteriosos
ojitos traidores,
que a través del llanto brillan.

Todo allí es orden y belleza,
lujo, calma y deleite.

Muebles relucientes,
por la edad pulidos,
adornarían el cuarto;
las flores más raras
mezclando su aroma
al vago aroma del ámbar,
los techos preciados,
los hondos espejos,
el esplendor oriental, (2)
todo allí hablaría
en secreto al alma
su dulce lengua natal.

Todo allí es orden y belleza,
lujo, clama y deleite.

Mira en los canales
dormir los navíos
cuyo humor es vagabundo;
para que tú colmes
tu menor deseo
desde el fin del mundo vienen.
Los soles ponientes
revisten los campos,
la ciudad y los canales,
de oro y de jacinto;
se adormece el mundo
en una cálida luz.

Todo allí es orden y belleza,
lujo, calma y deleite.


Traducción de Luis Martínez de Merlo



Ti invito al viaggio
In quel paese che ti assomiglia tanto.
I soli languidi dei suoi cieli annebbiati
Hanno per il mio spirito l'incanto
Dei tuoi occhi quando brillano offuscati.
Laggiù tutto è ordine e bellezza,
Calma e voluttà.
Il mondo s'addormenta in una calda luce
Di giacinto e d'oro.
Dormono pigramente i vascelli vagabondi
Arrivati da ogni confine
Per soddisfare i tuoi desideri.
I tuoi desideri.
Le matin j'coutais
Les sons du jardin
La langage des parfums
Des fleurs


Versión en italiano de Franco Battiato.

domingo, 21 de junio de 2009

Poema dos olhos da amada




Oh, minha amada
Que os olhos teus

São cais noturnos
Cheios de adeus
São docas mansas
Trilhando luzes
Que brilham longe
Longe nos breus

Oh, minha amada
Que olhos os teus

Quanto mistério
Nos olhos teus
Quantos saveiros
Quantos navios
Quantos naufrágios
Nos olhos teus

Oh, minha amada
Que olhos os teus

Se Deus houvera
Fizera-os Deus
Pois não os fizera
Quem não soubera
Que há muitas eras
Nos olhos teus

Ah, minha amada
De olhos ateus

Cria a esperança
Nos olhos meus
De verem um dia
O olhar mendigo
Da poesia
Nos olhos teus

Vinicius de Moraes.



sábado, 20 de junio de 2009

Il n'y a pas d'amour heureux




Rien n'est jamais acquis à l'homme Ni sa force
Ni sa faiblesse ni son coeur Et quand il croit
Ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie
Sa vie est un étrange et douloureux divorce
Il n'y a pas d'amour heureux

Sa vie Elle ressemble à ces soldats sans armes
Qu'on avait habillés pour un autre destin
A quoi peut leur servir de se lever matin
Eux qu'on retrouve au soir désoeuvrés incertains
Dites ces mots Ma vie Et retenez vos larmes
Il n'y a pas d'amour heureux

Mon bel amour mon cher amour ma déchirure
Je te porte dans moi comme un oiseau blessé
Et ceux-là sans savoir nous regardent passer
Répétant après moi les mots que j'ai tressés
Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent
Il n'y a pas d'amour heureux

Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard
Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l'unisson
Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson
Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson
Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare
Il n'y a pas d'amour heureux

Il n'y a pas d'amour qui ne soit à douleur
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit meurtri
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit flétri
Et pas plus que de toi l'amour de la patrie
Il n'y a pas d'amour qui ne vive de pleurs
Il n'y a pas d'amour heureux
Mais c'est notre amour à tous les deux

Louis Aragon



El hombre nada adquiere jamás Ni su ternura
Ni su amor ni su fuerza Y cuando abre loa brazos
La sombra que proyecta es una cruz oscura
Y si abraza su dicha la destroza en pedazos
Su vida es una extraña y espantable locura
No hay ningún amor feliz

Su vida se parece a un inerme soldado
Que para otra estrategia ha sido preparado
Que madruga y de noche sufre de hambre y de sed
Y que en la tarde tiembla deshecho y desarmado
Decid «mi pobre vida» y el llanto contened
No hay ningún amor feliz

Mi bello amor mi dulce amor mi amor perdido
Dentro de mí te llevo como un pájaro yerto
Y aquellos que de lejos nos vieron no han sabido
Que mis propios poemas tras de mí han repetido
Y que ya por tus ojos varias veces han muerto
No hay ningún amor feliz

El tiempo de aprender a vivir ya ha pasado
Que lloren en la noche nuestros dos corazones
Por el dolor que esconde cada recuerdo amado
Las tragedias que nutren el éxtasis soñado
Los sollozos que impregnan las menores canciones
No hay ningún amor feliz

No hay amor que no aflija al par que desespera
No hay amor que no se halle mezclado a su dolor
No hay amor que no espante No hay amor que no hiera
No hay amor que no viva de lágrimas y espera
Y el amor de la patria lo mismo que tu amor

No hay ningún amor feliz
Pero este es nuestro amor

Versión de Andrés Holguín

Inventario de lugares propicios al amor



Son pocos.
La primavera está muy prestigiada, pero
es mejor el verano.
Y también esas grietas que el otoño
forma al interceder con los domingos
en algunas ciudades
ya de por sí amarillas como plátanos.
El invierno elimina muchos sitios:
quicios de puertas orientadas al norte,
orillas de los ríos,
bancos públicos.
Los contrafuertes exteriores
de las viejas iglesias
dejan a veces huecos
utilizables aunque caiga nieve.
Pero desengañémonos: las bajas
temperaturas y los vientos húmedos
lo dificultan todo.
Las ordenanzas, además, proscriben
la caricia (con exenciones
para determinadas zonas epidérmicas
-sin interés alguno-
en niños, perros y otros animales)
y el «no tocar, peligro de ignominia»
puede leerse en miles de miradas.
¿Adónde huir, entonces?
Por todas partes ojos bizcos,
córneas torturadas,
implacables pupilas,
retinas reticentes,
vigilan, desconfían, amenazan.
Queda quizá el recurso de andar solo,
de vaciar el alma de ternura
y llenarla de hastío e indiferencia,
en este tiempo hostil, propicio al odio.

Ángel González
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Les gens qui voient de travers
Pensent que les bancs verts
Qu'on voit sur les trottoirs
Sont faits pour les impotents ou les ventripotents
Mais c'est une absurdité
Car à la vérité
Ils sont là c'est notoire
Pour accueillir quelque temps les amours débutants

Les amoureux qui s'bécott'nt sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s'fouttant pas mal du regard oblique
Des passants honnêtes
Les amoureux qui s'bécott'nt sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s'disant des "Je t'aime" pathétiques
Ont des p'tit's gueul' bien sympatiques

Ils se tiennent par la main
Parlent du lendemain
Du papier bleu d'azur
Que revêtiront les murs de leur chambre à coucher
Ils se voient déjà doucement
Ell' cousant, lui fumant
Dans un bien-être sûr
Et choisissent les prénoms de leur premier bébé

Les amoureux qui s'bécott'nt sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s'fouttant pas mal du regard oblique
Des passants honnêtes
Les amoureux qui s'bécott'nt sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s'disant des "Je t'aime" pathétiques
Ont des p'tit's gueul' bien sympatiques

Quand la saint' famill' machin
Croise sur son chemin
Deux de ces malappris
Ell' leur décoche hardiment des propos venimeux
N'empêch' que tout' la famille
Le pèr', la mèr', la fille
Le fils, le Saint Esprit
Voudrait bien de temps en temps pouvoir s'conduir' comme eux

Les amoureux qui s'bécott'nt sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s'fouttant pas mal du regard oblique
Des passants honnêtes
Les amoureux qui s'bécott'nt sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s'disant des "Je t'aime" pathétiques
Ont des p'tit's gueul' bien sympatiques

Quand les mois auront passé
Quand seront apaisés
Leurs beaux rêves flambants
Quand leur ciel se couvrira de gros nuages lourds
Ils s'apercevront émus
Qu' c'est au hasard des rues
Sur un d'ces fameux bancs
Qu'ils ont vécu le meilleur morceau de leur amour

Les amoureux qui s'bécott'nt sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s'fouttant pas mal du regard oblique
Des passants honnêtes
Les amoureux qui s'bécott'nt sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s'disant des "Je t'aime" pathétiques
Ont des p'tit's gueul' bien sympatiques

Georges Brassens




viernes, 19 de junio de 2009

Le pont Mirabeau




Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait toujours après la peine
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure
Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l'onde si lasse
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure
L'amour s'en va comme cette eau courante
L'amour s'en va
Comme la vie est lente
Et comme l'Espérance est violente
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure
Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

Guillaume Apollinaire (1880 - 1918)



El puente Mirabeau

El puente Mirabeau mira pasar el Sena
Mira pasar nuestros amores.
Y recuerda al alma serena
Que la alegría siempre viene tras de la pena
Viene la noche suena la hora
Y los días se alejan.
Y aquí me dejan
Frente a frente mirémonos -las manos enlazadas-
Mientras que pasan bajo el puente
De nuestros brazos -fatigadas-
Las hondas silenciosas de nuestras dos miradas
Viene la noche suena la hora
Y los días se alejan
Y aquí me dejan
El amor se nos fuga como esta agua corriente
El amor se nos va
Se va la vida lentamente
Cómo es de poderosa la esperanza naciente
Viene la noche suena la hora
Y los días se alejan
Y aquí me dejan
Huyen el lento día y la noche serena
Mas nunca vuelven
Los tiempos que pasaron ni el amor ni la pena
El puente Mirabeau mira pasar el Sena
Viene la noche suena la hora
y los días se alejan
y aquí me dejan

Versión de Andrés Holguín



jueves, 18 de junio de 2009

Chanson d'automne



Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon cœur
D'une langueur
Monotone.
Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l'heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure
Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
feuille morte.

Paul Verlaine



Canción de otoño

Los sollozos más hondos
del violín del otoño
son igual
que una herida en el alma
de congojas extrañas
sin final.

Tembloroso recuerdo
esta huida del tiempo
que se fue.
Evocando el pasado
y los días lejanos
lloraré.

Este viento se lleva
el ayer de tiniebla
que pasó,
una mala borrasca
que levanta hojarasca
como yo.

Versión de Carlos Pujol


Por alusiones, Prevert con más hojas muertas. Une autre chanson d'automne, encore des feuilles mortes. Au Chili, on est encore en automne!!

domingo, 14 de junio de 2009

Les feuilles mortes



Oh! je voudrais tant que tu te souviennes
Des jours heureux où nous étions amis
En ce temps-là la vie était plus belle,
Et le soleil plus brûlant qu'aujourd'hui
Les feuilles mortes se ramassent à la pelle
Tu vois, je n'ai pas oublié...
Les feuilles mortes se ramassent à la pelle,
Les souvenirs et les regrets aussi
Et le vent du nord les emporte
Dans la nuit froide de l'oubli.
Tu vois, je n'ai pas oublié
La chanson que tu me chantais.

REFRAIN:
C'est une chanson qui nous ressemble
Toi, tu m'aimais et je t'aimais
Et nous vivions tous deux ensemble
Toi qui m'aimais, moi qui t'aimais
Mais la vie sépare ceux qui s'aiment
Tout doucement, sans faire de bruit
Et la mer efface sur le sable
Les pas des amants désunis.

Les feuilles mortes se ramassent à la pelle,
Les souvenirs et les regrets aussi
Mais mon amour silencieux et fidèle
Sourit toujours et remercie la vie
Je t'aimais tant, tu étais si jolie,
Comment veux-tu que je t'oublie?
En ce temps-là, la vie était plus belle
Et le soleil plus brûlant qu'aujourd'hui
Tu étais ma plus douce amie
Mais je n'ai que faire des regrets
Et la chanson que tu chantais
Toujours, toujours je l'entendrai!

Jacques Prévert.



Chanson flamenca

Mi vieja canción, cuántos recuerdos,
cuánta promesa de amor eterno,
cuántos momentos juntitos los dos,
tú me amabas y yo que te amé.

Pero la vida parte,
y hasta el amor más grande
muy despacito, sin hacer ruido…
y la mar borra en la arena
las huellas del amor de los amantes
que separan sus destinos.



miércoles, 10 de junio de 2009

Don Quijote a Dulcinea

Chanson romanesque

Si vous me disiez que la terre
À tant tourner vous offensa
Je lui dépêcherais Pança:
Vous la verriez fixe et se taire.

Si vous me disiez que l'ennui
Vous vient du ciel trop fleuri d'astres
Déchirant les divins cadastres
Je faucherais d'un coup la nuit.

Si vous me disiez que l'espace
Ainsi vidé ne vous plaît point,
Chevalier dieu, la lance au poing.
J'étoilerais le vent qui passe.

Mais si vous disiez que mon sang
Est plus à moi qu'à vous, ma Dame,
Je blêmirais dessous le blâme
Et je mourrais, vous bénissant.
Ô Dulcinée

Paul Morand


Canción novelesca

Si vos dijerais que la tierra
Con su mucho girar a vos ofende,
Yo haría que Panza se encargara
De dejárosla fija y en silencio.

Si vos dijérais que os hastía
Ver el cielo de astros tachonado,
Desgarrando los espacios celestes
De un golpe la noche acabaría.

Si vos dijérais que el espacio
Por estar tan vacío no os place,
Andante caballero, lanza en ristre,
De estrellas el viento llenaría.

Mas si vos dijerais que mi sangre
Es más mía que vuestra, bella dama,
Yo palidecería ante el reproche
Y moriría, siempre bendiciéndoos.
¡Oh Dulcinea!

Traducido por Alberto de Brigard.



La primera de tres deliciosas canciones que le canta Don Quijote a Dulcinea sobre poemas de Paul Morand. Composición de Maurice Ravel.