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domingo, 12 de julio de 2009

Elsa



Suffit-il donc que tu paraisses
De l'air que te fait rattachant
Tes cheveux ce geste touchant
Que je renaisse et reconnaisse
Un monde habité par le chant
Elsa mon amour ma jeunesse

O forte et douce comme un vin
Pareille au soleil des fenêtres
Tu me rends la caresse d'être
Tu me rends la soif et la faim
De vivre encore et de connaître
Notre histoire jusqu'à la fin

C'est miracle que d'être ensemble
Que la lumière sur ta joue
Qu'autour de toi le vent se joue
Toujours si je te vois je tremble
Comme à son premier rendez-vous
Un jeune homme qui me ressemble

Pour la première fois ta bouche
Pour la première fois ta voix
D'une aile à la cime des bois
L'arbre frémit jusqu'à la souche
C'est toujours la première fois
Quand ta robe en passant me touche

Ma vie en vérité commence
Le jour où je t'ai rencontrée
Toi dont les bras ont su barrer
Sa route atroce à ma démence
Et qui m'as montré la contrée
Que la bonté seule ensemence

Tu vins au cœur du désarroi
Pour chasser les mauvaises fièvres
Et j'ai flambé comme un genièvre
A la Noël entre tes doigts
Je suis né vraiment de ta lèvre
Ma vie est à partir de toi

Suffit-il donc que tu paraisses
De l'air que te fait rattachant
Tes cheveux ce geste touchant
Que je renaisse et reconnaisse
Un monde habité par le chant
Elsa mon amour ma jeunesse

Louis Aragon.






ELSA

Basta entonces con que aparezcas
en el aire con el que juntas
tu pelo en ese gesto tuyo
para que nazca y reconozca
un mundo en el que habita el canto
Elsa mi amor mi juventud

Oh fuerte y dulce como un vino
como el sol en los ventanales
tú me das caricias de ser
me concedes la sed y el hambre
de aún vivir y de conocer
nuestra historia hasta el final

Es milagro que estemos juntos
y la luz sobre tu mejilla
que el viento juegue en torno a ti
siempre tiemblo cuando te veo
igual que en su primera cita
un joven que se me parece

Tu boca por primera vez
y por primera vez tu voz
hala a la cima de los bosques
se estremece hasta la raíz
el árbol, siempre es la vez primera
cuando tu falda al pasar me toca

Ciertamente mi vida empieza
el día en que te conocí
tú cuyos brazos corrigieron
la ruta atroz de mi demencia
tú me mostraste el territorio
que sólo siembra la bondad

En medio de mi desarraigo
aplacaste mis malas fiebres
como licor de enebro ardí
entre tus dedos navideños
yo nací sólo de tus labios
mi vida es a partir de ti

Basta entonces con que aparezcas
en el aire con el que juntas
tu pelo en ese gesto tuyo
para que nazca y reconozca
un mundo en el que habita el canto
Elsa mi amor mi juventud


Versión de Javier Aguirre O.

domingo, 5 de julio de 2009

Il n'aurait fallu



Il n'aurait fallu
Qu'un moment de plus
Pour que la mort vienne
Mais une main nue
Alors est venue
Qui a pris la mienne

Qui donc a rendu
Leurs couleurs perdues
Aux jours aux semaines
Sa réalité
A l'immensité
Des choses humaines

Moi qui frémissais
Toujours je ne sais
De quelle colère
Deux bras ont suffi
Pour faire à ma vie
Un grand collier d'air

Rien qu'un mouvement
Ce geste en dormant
Léger qui me frôle
Un souffle posé
Moins une rosée
Contre mon épaule

Un front qui s'appuie
A moi dans la nuit
Deux grands yeux ouverts
Et tout m'a semblé
Comme un champ de blé
Dans cet univers

Un tendre jardin
Dans l'herbe où soudain
La verveine pousse
Et mon coeur défunt
Renaît au parfum
Qui fait l'ombre douce

Louis Aragon, Le Roman Inachevé (1956)


Un momento más
habría bastado
para que la muerte
llegara, pero una
mano mano me tomó
desnuda la mía

Quién les ha devuelto
sus colores a
los días, semanas,
su realidad
a la inmensidad
de todo lo humano

Yo que temblé siempre
no sé de qué cólera
dos brazos ahora
bastan para darme
un gran collar de aire.

Sólo un movimiento
del gesto suäve
que al dormir me roza
ligero espirar
o aún menos rocío
que en mi hombro se posa

La frente que en mí
se apoya en la noche
sus dos grandes ojos
abiertos, y todo
me es campo de trigo
en este universo

Un tierno jardín
en el que de pronto
la verbena brota
y mi corazón
renace al perfume
que la sombra endulza

Versión de Javier Aguirre O.

sábado, 20 de junio de 2009

Il n'y a pas d'amour heureux




Rien n'est jamais acquis à l'homme Ni sa force
Ni sa faiblesse ni son coeur Et quand il croit
Ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie
Sa vie est un étrange et douloureux divorce
Il n'y a pas d'amour heureux

Sa vie Elle ressemble à ces soldats sans armes
Qu'on avait habillés pour un autre destin
A quoi peut leur servir de se lever matin
Eux qu'on retrouve au soir désoeuvrés incertains
Dites ces mots Ma vie Et retenez vos larmes
Il n'y a pas d'amour heureux

Mon bel amour mon cher amour ma déchirure
Je te porte dans moi comme un oiseau blessé
Et ceux-là sans savoir nous regardent passer
Répétant après moi les mots que j'ai tressés
Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent
Il n'y a pas d'amour heureux

Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard
Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l'unisson
Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson
Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson
Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare
Il n'y a pas d'amour heureux

Il n'y a pas d'amour qui ne soit à douleur
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit meurtri
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit flétri
Et pas plus que de toi l'amour de la patrie
Il n'y a pas d'amour qui ne vive de pleurs
Il n'y a pas d'amour heureux
Mais c'est notre amour à tous les deux

Louis Aragon



El hombre nada adquiere jamás Ni su ternura
Ni su amor ni su fuerza Y cuando abre loa brazos
La sombra que proyecta es una cruz oscura
Y si abraza su dicha la destroza en pedazos
Su vida es una extraña y espantable locura
No hay ningún amor feliz

Su vida se parece a un inerme soldado
Que para otra estrategia ha sido preparado
Que madruga y de noche sufre de hambre y de sed
Y que en la tarde tiembla deshecho y desarmado
Decid «mi pobre vida» y el llanto contened
No hay ningún amor feliz

Mi bello amor mi dulce amor mi amor perdido
Dentro de mí te llevo como un pájaro yerto
Y aquellos que de lejos nos vieron no han sabido
Que mis propios poemas tras de mí han repetido
Y que ya por tus ojos varias veces han muerto
No hay ningún amor feliz

El tiempo de aprender a vivir ya ha pasado
Que lloren en la noche nuestros dos corazones
Por el dolor que esconde cada recuerdo amado
Las tragedias que nutren el éxtasis soñado
Los sollozos que impregnan las menores canciones
No hay ningún amor feliz

No hay amor que no aflija al par que desespera
No hay amor que no se halle mezclado a su dolor
No hay amor que no espante No hay amor que no hiera
No hay amor que no viva de lágrimas y espera
Y el amor de la patria lo mismo que tu amor

No hay ningún amor feliz
Pero este es nuestro amor

Versión de Andrés Holguín